Les centres-villes européens voient disparaître à un rythme alarmant leurs commerces de proximité et d'artisans. La diversité des commerces diminue non seulement dans les villes touristiques les plus fréquentées, mais dans toutes les villes étudiées. C'est ce que révèle une étude européenne menée par Sweco.

Cette étude a réalisé pour la première fois une analyse comparative européenne du rôle du tourisme dans la monoculturalisation du commerce de détail local.
Débat sur le tourisme de masse dans un contexte plus large
Cette publication intervient alors que le débat public sur le tourisme de masse et la qualité de vie fait rage dans des villes comme Amsterdam. Actions et campagnes témoignent de l'ampleur des inquiétudes concernant la pression exercée sur les centres-villes. L'étude Sweco replace ce débat dans un contexte européen plus large et montre que des tensions similaires existent dans de nombreuses villes, même si elles se manifestent sous des formes et pour des raisons différentes.
Le tourisme comme accélérateur, et non comme cause unique
Les recherches montrent que le tourisme est rarement la seule cause d'une offre commerciale déséquilibrée, mais qu'il en est souvent un facteur aggravant. Dans certaines villes, cela se traduit par des rues presque entièrement dédiées aux visiteurs, avec des boutiques de souvenirs et des fast-foods, au détriment des services et équipements destinés aux habitants.
« Le mécontentement populaire actuel est tout à fait compréhensible », déclare Douwe Stoer, consultant en loisirs chez Sweco. « Mais nos recherches montrent que le problème est plus complexe qu'on ne le pense souvent. Le tourisme est rarement la seule cause, mais il peut constituer le point de bascule où disparaissent les activités locales. »
La monoculture se limite à quelques rues, mais la réglementation est restrictive.
Il est frappant de constater que la monoculture se limite généralement à quelques rues du centre-ville. Cela offre des possibilités de mesures ciblées, mais selon de nombreuses villes, celles-ci sont limitées par la réglementation européenne. La directive européenne sur les services, en particulier, laisse peu de marge de manœuvre aux municipalités pour orienter activement le type de commerces qui s'y installent.
« Les villes souhaitent préserver la qualité de vie de leurs centres-villes, mais manquent parfois d'outils juridiques pour y parvenir. Toutefois, nos recherches montrent qu'il est possible de faire plus avec la réglementation existante qu'on ne le pense souvent, à condition que la politique soit mise en œuvre de manière ciblée, cohérente et sur le long terme », explique Ingrid Ploegmakers, experte principale en commerces et loisirs chez Sweco.
Les villes recherchent des solutions créatives
L'étude révèle que les villes adoptent une combinaison de mesures : subventions, permis d'exploitation, médiation entre propriétaires et entrepreneurs, et gestion active des centres-villes. Par ailleurs, des instruments plus stratégiques sont déployés. Par exemple, le statut de patrimoine mondial de l'UNESCO pour des villes comme Florence offre un levier supplémentaire pour orienter leur développement, tandis qu'Amsterdam expérimente l'acquisition stratégique de biens immobiliers afin de garder la maîtrise de son offre commerciale.
Appel à un débat plus large aux niveaux local et européen.
D'après les auteurs, cette étude souligne la nécessité d'un débat plus large aux niveaux local et européen. Faute de marge de manœuvre politique accrue, de nombreuses villes risquent de perdre davantage leur identité locale et leur qualité de vie. Des mesures ciblées et adaptées aux spécificités territoriales, appuyées par un cadre européen plus approprié, sont essentielles pour préserver la vitalité des centres-villes, tant pour leurs habitants que pour les visiteurs.
Plus d'informations : sweco.nl/onderzoek-toerisme-lokale-winkels